Vous allez mal, vous avez des pensées suicidaires ? 3114 — appel gratuit, 24 h/24, 7 j/7. Urgence vitale : 15 ou 112 · Sourds et malentendants : 114 Page d'urgence
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Bloc G

Familles et proches

Un espace à part entière pour les conjoints, parents, enfants, frères, sœurs et amis. Comprendre, savoir quoi dire, savoir quoi faire en crise — et se protéger.

G1Comprendre ce que vit votre proche

La plupart des conflits autour du trouble bipolaire naissent d'un malentendu : l'entourage voit des comportements, la personne vit un état intérieur. Les deux ne se ressemblent pas.

Le message le plus important de cette page

Il ne « suffit pas de se secouer ». En phase dépressive, ce n'est pas la volonté qui manque : c'est la capacité à la mettre en mouvement. Demander à quelqu'un de se secouer revient à lui reprocher d'être malade.

Pourquoi il ne se rend pas compte de son état en phase haute

C'est ce que les cliniciens appellent la conscience du trouble. En phase maniaque, le jugement sur soi-même est altéré par la maladie elle-même : la personne se sent lucide, énergique, en pleine possession de ses moyens. Ce n'est ni du mensonge, ni de la mauvaise foi. C'est un symptôme.

Distinguer la personne et la maladie

Utile, mais à manier avec justesse. Attribuer tout à la maladie efface la personne ; tout lui attribuer l'écrase. Une règle simple : on n'exige pas de comptes sur les symptômes, on continue d'en demander sur les engagements pris en période stable.

Ce que vous pouvez, et ce que vous ne pouvez pas

Vous n'avez pas prise surVous avez prise sur
La survenue d'un épisode.La régularité du cadre de vie que vous partagez.
La décision de se soigner, qui lui appartient.L'information que vous lui donnez, sans harceler.
La vitesse de la stabilisation.Le fait de rester présent et prévisible.
Ce qu'il a dit ou fait en phase aiguë.Ce que vous décidez d'en faire une fois la phase passée.
Ce que vous ressentez est légitime

La colère, l'épuisement, la peur, parfois la honte : ces sentiments sont normaux et n'annulent pas votre affection. Les nier est le meilleur moyen de tenir moins longtemps.

G2Que dire, que ne pas dire

Dix phrases à éviter, dix phrases qui aident.
À éviterÀ préférer
« Secoue-toi un peu. »« Je vois que c'est dur. Qu'est-ce qui serait le plus aidant, là ? »
« Tout le monde a des hauts et des bas. »« Je ne vis pas la même chose que toi, mais je te crois. »
« Tu n'as pas de raison d'être triste. »« Tu n'as pas besoin d'une raison pour aller mal. »
« Tu as arrêté ton traitement, c'est de ta faute. »« Tu veux qu'on en reparle avec ton médecin ensemble ? »
« Tu étais tellement mieux avant. »« J'ai remarqué que tu dors moins depuis quelques jours. »
« Calme-toi ! » (en phase haute)« On peut s'asseoir cinq minutes ? J'ai du mal à te suivre. »
« Tu es encore en crise. »« Est-ce qu'on regarde ensemble ce que dit ton plan de crise ? »
« Je ne peux plus, tu m'épuises. »« Là je suis à bout, j'ai besoin d'une pause. Je reviens ce soir. »
« Ne dis pas ça, tu ne le penses pas. »« Tu penses à mourir ? Dis-moi. On appelle le 3114 ensemble. »
« Fais un effort pour moi. »« Je reste là. On n'est pas obligés de parler. »
Parler des idées suicidaires

Oui, on peut et on doit en parler. Poser la question ne crée pas le risque : elle ouvre une porte, et soulage souvent la personne. Demandez simplement, sans détour : « Est-ce qu'il t'arrive de penser à mourir ? » Puis écoutez, et appelez le 3114 avec elle ou pour elle. Page d'urgence.

Soutenir sans devenir le thérapeute

Encourager le soin, oui. Contrôler les prises de médicaments, compter les comprimés, interroger sur chaque consultation : non — cela transforme la relation et finit par la casser. Vous pouvez poser des limites tout en restant soutenant : « Je t'accompagne, je ne te surveille pas. »

Le secret médical

Le médecin ne peut pas vous communiquer d'informations sans l'accord de votre proche. En revanche, rien ne vous empêche de lui transmettre ce que vous observez : un courrier ou un message décrivant des faits datés est légitime, utile, et souvent déterminant. Dites-le à votre proche : la transparence vaut mieux que la démarche cachée.

G3Gérer une crise

Danger immédiat

Appelez le 15. Pour un risque suicidaire : 3114, 24 h/24. Voir la fiche réflexe complète →

Hiérarchiser la gravité

  1. Signes de bascule : sommeil qui diminue, accélération, irritabilité. → Contacter le psychiatre traitant dans les jours qui viennent.
  2. Crise installée : comportements à risque, dépenses, propos exaltés ou désespoir profond. → Contacter le psychiatre ou le CMP sans délai ; appliquer le plan de crise.
  3. Urgence : risque suicidaire, perte de contact avec la réalité, mise en danger. → 3114 ou 15.

Dans l'immédiat

  • Réduire les stimulations : baisser le son, la lumière, faire sortir les curieux.
  • Parler doucement, avec des phrases courtes.
  • Ne pas contredire frontalement un discours délirant : ne pas approuver non plus, revenir au concret (« on va d'abord s'asseoir »).
  • Écarter ce qui peut être dangereux, sans mise en scène.
  • Ne pas rester seul : appeler un autre proche si possible.

Les soins sans consentement

Lorsqu'une personne a besoin de soins immédiats et qu'elle n'est pas en état d'y consentir, la loi prévoit des dispositifs très encadrés :

  • À la demande d'un tiers : un proche formule une demande écrite, accompagnée de certificats médicaux.
  • En cas de péril imminent : lorsqu'aucun tiers n'est disponible, sur certificat médical.
  • Sur décision du représentant de l'État : lorsque des troubles compromettent la sûreté des personnes ou l'ordre public.

Dans tous les cas, la personne conserve des droits : information, désignation d'une personne de confiance, recours, et contrôle systématique par le juge des libertés et de la détention dans les délais prévus par la loi. Ces mesures sont temporaires et réévaluées médicalement.

Et si le proche refuse tout soin, sans péril immédiat ?

C'est la situation la plus fréquente et la plus usante. Ce qui aide : rester en lien plutôt que de rompre ; écrire au psychiatre ou au CMP pour signaler des faits datés ; solliciter une équipe mobile de psychiatrie si elle existe dans le secteur ; se faire soutenir soi-même (Unafam, ARGOS 2001) ; et attendre le moment où une porte s'entrouvre, en s'y étant préparé.

Vivre l'après

Le tiers demandeur porte souvent une culpabilité lourde, parfois nourrie par des reproches. Trois choses aident : se rappeler que la décision protégeait une vie ; en parler dans un groupe de proches ; et laisser du temps avant de reprendre la discussion avec la personne, qui verra souvent les choses autrement une fois stabilisée.

G4Protéger l'aidant

Le proche n'est pas un soignant, et il n'est pas inépuisable. Un aidant qui s'effondre ne protège plus personne.

Repérer son propre épuisement

  • Physique : sommeil dégradé, fatigue permanente, douleurs, infections à répétition.
  • Émotionnel : irritabilité, pleurs, sentiment d'être vidé, perte d'élan, anxiété diffuse.
  • Social : abandon de ses loisirs, isolement, refus systématique des invitations.
  • Cognitif : difficultés de concentration, oublis, impression de fonctionner en pilote automatique.
Vous avez le droit

De ne pas être joignable en permanence. De prendre des vacances. De dire non. D'avoir une vie à vous. Ce n'est pas de l'abandon : c'est ce qui vous permet de durer.

Où trouver du soutien

  • Unafam : permanences départementales, groupes de parole, formations pour les familles.
  • ARGOS 2001 : groupes réunissant personnes concernées et proches.
  • Psychoéducation familiale et ressources destinées aux proches, notamment via FondaMental.
  • Dispositifs de répit et soutien psychologique pour les aidants.
  • Un suivi psychologique pour vous-même, qui n'a rien d'un aveu de faiblesse.

Enfin, la question de la séparation se pose parfois. Elle mérite d'être posée sans jugement : rester par culpabilité n'aide durablement ni l'un ni l'autre.

G5Enfants et adolescents d'un parent concerné

Public presque jamais adressé, et pourtant en première ligne. Un enfant qui ne comprend pas invente une explication — et l'explication qu'il invente le désigne presque toujours comme coupable.

Expliquer selon l'âge

  • Avant 6 ans : « Papa est malade en ce moment. C'est une maladie qui rend très triste ou très agité. Ce n'est pas ta faute, et ce n'est pas contagieux. Des médecins l'aident. »
  • De 6 à 11 ans : nommer la maladie, expliquer qu'elle va et vient par périodes, dire qui s'occupe de quoi pendant ces périodes, et répondre aux questions posées — seulement à celles-là.
  • Adolescent : parler franchement, y compris de l'hérédité. Réponse honnête : le risque est augmenté mais loin d'être certain, et savoir repérer les signes tôt est une protection.
Le risque de parentification

Quand l'enfant devient le soutien de l'adulte : il gère, il rassure, il se tait, il renonce à ses propres besoins. Cela passe souvent pour de la maturité. C'est un signal. Ce qui protège : des adultes ressources identifiés (autre parent, grand-parent, enseignant, infirmier scolaire) et un espace où l'enfant n'a rien à porter.

Des livres jeunesse expliquent la maladie mentale d'un parent selon les tranches d'âge : la bibliothèque en propose une sélection, et l'Unafam accompagne spécifiquement les familles.

G6Communication et réseau de soutien : aider sans prendre toute la place

La psychoéducation destinée aux familles insiste sur deux dimensions : mieux communiquer et mieux relier les personnes qui soutiennent la personne concernée. Une famille informée peut mieux comprendre les symptômes, mais elle ne devient pas pour autant l'équipe soignante.

Une trame simple quand la conversation devient difficile

1 · ObserverDécrire un fait précis sans jugement : « Tu n'as presque pas dormi depuis trois nuits » plutôt que « Tu recommences n'importe quoi ».
2 · Dire le ressentiParler en « je » : inquiétude, peur, fatigue, confusion — sans transformer le sentiment en accusation.
3 · Nommer le besoinSécurité, repos, information, soutien professionnel, limite financière, temps calme…
4 · Formuler une demandePrécise, concrète, réaliste et négociable quand la situation le permet.

Construire un réseau avant l'urgence

Identifier ensemble une personne de confiance, les professionnels à contacter, les proches réellement aidants et les ressources associatives peut éviter que tout repose sur une seule personne. Il est également recommandé de maintenir ou de renouer des liens sociaux choisis : savoir qui constitue une ressource lorsque l'on ne va pas bien fait partie du plan de prévention.

En situation de danger, la négociation a ses limites

Une communication bienveillante ne remplace pas l'action lorsqu'il existe un risque suicidaire, une mise en danger grave, une agitation extrême ou des symptômes psychotiques importants. Dans ce cas, utilisez la page d'urgence et contactez les professionnels adaptés.

Dernière mise à jour : août 2026 · Relecture médicale : à réaliser avant mise en ligne · Sources : Unafam, ARGOS 2001, Fondation FondaMental, Psycom, code de la santé publique, recommandations de prévention du suicide. Validation juridique souhaitable
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